
qui suis-je?
Je me définis comme un auteur improbable, en quête de vérité et de justice. Conscient de la lourde responsabilité de l’intellectuel que je suis, je me suis engagé à promener la lampe dans un monde complexe et implacable où j’envisage des transformations et des espoirs. Je me projette dans une époque à venir où l’Afrique cessera d’être au menu pour être assise à la table.
Je m’exerce à l’écriture depuis le bas âge, mais je n’ai publié mon premier livre majeur qu’en 2017. Depuis le temps, j’ai initié plusieurs projets intellectuels. J’ai souvent échoué à les réaliser. Mais je n’ai pas abandonné. Je n’ai été ni dogmatique ni attaché aux carcans. J’ai suivi le fil d’Ariane qui m’a souvent conduit à naviguer dans des eaux lointaines, au-delà de mes espérances.
Car quelle relation y a-t-il entre un système de connaissance centré sur l’Afrique, le genre du conte philosophique et un essai sur la guerre économique ? Je me suis souvent demandé si on peut être titulaire d’un doctorat Ph. D. en littérature comparée et tâter de la géoéconomie, expliquer l’intelligence économique et créer une émission télé qui porte comme dénomination L’intelligence du monde ?
Ces questions trouvent une réponse étrange et bouleversante dans mon ethos pluriel d’ancien journaliste, d’ancien chroniqueur littéraire, de cadre de banque, d’écrivain, de chercheur dans un domaine qui n’est pas celui de ma formation universitaire, promoteur de la revue de géopolitique L’Etat de l’Afrique, la boussole et le thermomètre indiqués pour ceux qui veulent connaitre et étudier l’Afrique sans phare, etc.
Il existe un point commun entre tout cela, c’est le commerce des idées. J’ai la ferme conviction que les frontières n’arrêtent pas la vivacité de l’esprit. Les idées se trouvent partout et j’ai fait le pari d’aller chercher chacune où elle se trouve pour réaliser le but visé. Le but visé, c’est la compréhension du monde avec deux questions en filigrane : comment ça marche ? Pourquoi les uns s’en sortent-ils autant et les autres aussi peu ?
Donc, si j’ai suivi un cursus en études littéraires, j’ai en revanche appris, au contact des livres, des courants littéraires et des best-sellers, que l’essentiel ce n’est pas la lettre mais l’esprit. Ce qui compte, c’est ce qui a inspiré la lettre.
Les travaux effectués dans le sillage de la thèse de doctorat portaient sur les identités culturelles complexes. J’ai étudié les écritures du moi de sept auteurs issus des deux rives de la Méditerranée. Ken Bugul, Amélie Nothomb, Jules Roy, Nina Bouraoui ou Assia Djebar, pour ne citer que ceux-là, ont livré des écritures du moi qui ont en commun de dire des ethos déchirés entre deux cultures, deux langues, deux identités. Avec Homi K. Bhabha, cela s’appelle l’hybridité, « les stratégies du soi » lues à travers les phénomènes de la colonisation, des migrations et des métissages. La quintessence de ma thèse a été publiée aux éditions Connaissance et savoirs en France en 2017.
Peu avant la soutenance de ma thèse de doctorat, Dr K. Fokam m’a pris par la main et m’a guidé vers un horizon plus large, qui comprend non seulement la culture, mais aussi l’économie et la géopolitique. Ce penseur improbable, iconoclaste et multidimensionnel m’a inculqué l’intérêt pour la recherche. En habitant le rôle professionnel de spin docteur pour mon mentor, j’ai su apprendre à fond les ficelles d’un nouveau système de pensée et d’action orienté vers l’économie et les rapports de force.
L’ouvrage publié 4 ans après la soutenance de ma thèse de doctorat, à savoir La guerre économique, résulte de ce savant dosage entre la volonté de comprendre les règles de la compétition économique d’une part et, d’autre part, la pensée holistique du monde déjà en œuvre dans l’étude de l’hybridité. Tout bien considéré, j’ai simplement changé de versant, je me suis intéressé aux interactions de la mondialisation économique. Le stock de l’ouvrage de 416 pages s’est épuisé en un an. Depuis, le public me prend pour un économiste, mais je m’en défends. Et je précise que je mène des recherches en géoéconomie, une branche de la géopolitique plutôt que de l’économie. J’ajoute que je me situe dans une tradition de néo-réalistes qui dévoilent les collusions entre les intérêts et le normatif dans les différents champs de la vie internationale.
En novembre 2020 paraît un ouvrage encore improbable : Les réseaux sociaux. Un collectif de 21 contributeurs qui sensibilisent divers publics cibles sur les visages ambivalents de l’univers numérique. En tant que Project Manager et auteur de 6 des 28 textes de cette somme, je pense être resté fidèle à moi-même. Les réseaux sociaux sont des outils d’existence factuelle transnationale. Les étudier revient à comprendre comment la mondialisation se fluidifie. Sans être un pays, Facebook regroupe désormais plus de ‘‘citoyens’’ que la Chine ou l’Inde. Il faut étudier le nouveau monde de près.
Justement, dans cet ouvrage collectif, je signe une contribution intitulée « Un nouveau gouvernement du monde : la cyberpuissance ». L’ouvrage est coédité par Afrédit et le laboratoire d’idées 1 Puissance 55, think tank dont le but est de produire la réflexion susceptible de nourrir l’action tant sur la scène locale africaine que sur les échiquiers non militaires de la mondialisation.
En 2022, je me rends compte que l’actualité du continent africain s’emballe, avec des ruptures et des montées d’adrénaline çà et là. Je redoute que cette intensité disparaisse sous le flot, sans crier gare, et devienne un lointain souvenir. Je redoute aussi qu’à l’avenir, nos enfants qui voudront mener des recherches sur les événements du Mali, du Burkina Faso et du Niger soient obligés de se rendre à l’INA pour consulter des archives qui orientent leur compréhension dans une direction en déphasage avec les intérêts de notre continent. Cette éventualité me rend indigne et frustré. Piqué dans mon orgueil, je décide de consigner les événements sans trop savoir en réalité ce que j’en ferai. Mais très rapidement, je me rends compte que le fait d’avoir commencé cette veille fastidieuse au milieu de l’année rend la tâche de consolidation improbable. C’est ainsi que je repousse la naissance de ce que je ne sais pas encore être un projet au sens complet du terme.
Dès le premier jour de l’année, j’initie une veille minutieuse et permanente qui me permettra, au bout de six mois, d’avoir des milliers de fiches sur tous les sujets et dans tous les pays africains. Il faut mettre de l’ordre, ranger, pour interpréter. Dès le mois de juin, je passe à l’étape de la consolidation et de la synthèse. Je regroupe les faits en tendances, les tendances en dimensions (dynamiques) et les dimensions en mouvements. C’est la naissance de la revue de géopolitique L’Etat de l’Afrique. La première édition, celle de 2024, paraît au mois d’avril et revient sur les moments clé de l’année 2023 tout en indiquant les tendances qui s’annoncent pour le futur proche, à savoir un continent courtisé dans un monde qui voit le multilatéralisme s’effilocher et le multipolaire émerger.
Ce projet gigantesque, je le dédie au Dr K Fokam, ce leader qui m’a méticuleusement guidé, moi son disciple, sur le chemin de l’éducation du questionnement. A ses côtés, j’ai acquis des qualités que mon éducation de base et mon éducation scolaire ne m’avaient pas léguées : le droit à l’erreur, le goût du risque, le réflexe de douter de tout et l’exigence de l’évidence.
Je lui dois ce projet qui consiste à scruter le jeu africain, ses acteurs et ses enjeux, les défis et les doutes qui traversent le continent face à la violence systémique du monde. C’est lui qui m’a imprégné de l’impérieuse nécessité de prendre du recul devant le narratif non africain s’agissant de l’Afrique. J’ai amplement bénéficié de ses remarques, critiques et apports qui ont contribué à l’amélioration du premier volume de L’Etat de l’Afrique.
En guise de reconnaissance profonde, je lui rends l’hommage mérité pour la transformation positive qu’il a su imprimer à la trajectoire intellectuelle de ma modeste personne. J’espère de tout mon cœur qu’il sera fier de ce que je suis devenu grâce à lui. En tout cas, je promets de travailler toujours plus fort pour mériter sa confiance.
Pour l’avenir, mes projets d’agitateur d’idées sont résumés dans le dernier paragraphe de L’Etat de l’Afrique 2024 sous la forme d’un appel au secours pour la survie de ce projet monumental et titanesque : « Un projet annoncé de cette façon suscite néanmoins des inquiétudes quant à sa pérennité. Il est porté sur les fonts baptismaux avec une ambition élevée autant du fait de l’étendue de son champ de vision que de sa périodicité qui se veut annuelle. Il s’agit proprement d’un fardeau qu’une seule personne ne saurait porter durablement, fût-elle son géniteur. Ayant transformé l’intuition en projet et ensuite élaboré un spécimen, je m’attends à présent à collaborer avec des personnes compétentes pour que le projet devienne une institution établie, avec ce que cela nécessite de ressources et d’organisation. »
J’ai publié l’édition 2025 sous la même architecture pour rendre compte d’une année 2024 tourmentée par les batailles de souverainismes, les débat de « restitution » ou encore les projets de ré-étatisation.
Je travaille en ce moment sur l’édition 2026 et m’apprête à lancer l’appel à contributions pour l’édition 2027 qui devrait être un ouvrage collectif.
